Le baromètre Hones de la tech
La semaine dernière, nous avons posé le décor dans la première partie de notre baromètre :
2025 a créé des écarts de vitesse et des dépendances technologiques que nos équipes, dirigeants et CTO Hones, ont observés partout sur le terrain.
Mais cette accélération n’est qu’une partie du tableau.
Ce que 2025 nous a montré tout aussi clairement, c’est ce que cette accélération fait aux organisations :
comment elle bouleverse les repères des équipes, comment elle fragilise des métiers qu’on croyait stables, et comment elle expose des marchés que l’on pensait solides.
Cette seconde édition part du même matériau, nos retours d’expérience en toute franchise, mais s’intéresse à l’autre versant de la transformation :
👉 le travail et
👉 les marchés.
Deux zones souvent traitées séparément, alors qu’en 2025, elles ont bougé simultanément et parfois pour les mêmes raisons.
Si la première édition décrivait ce qui accélère, celle-ci analyse ce qui encaisse, et ce que 2026 va réellement challenger dans les organisations françaises.
🟣 FRACTURE #3 — LE TRAVAIL
Quand la promesse d’avenir commence à se fissurer
« Mon métier va disparaître, c’est sûr. »
Il a 26 ans.
Il travaille en audit, dans un grand cabinet.
Sur le papier, il a tout fait “comme il faut”.
Et pourtant, il ne se projette plus.
Ce n’est pas une crise d’ego. C’est un doute profond sur la durée de vie de ce qu’il construit.
En 2025, cette phrase est remontée plus d’une fois. Pas seulement chez les juniors. Pas seulement dans la tech.
Elle révèle quelque chose de plus profond qu’une inquiétude passagère : une crise de projection.
Pendant longtemps, l’automatisation inquiétait surtout les métiers industriels, répétitifs, mécaniques.
En 2025, le doute a glissé vers des métiers réputés “solides” : audit, contrôle, reporting, analyse.
Non pas parce que ces métiers ont disparu, mais parce que des systèmes produisent en quelques minutes ce qui fondait une part de leur valeur perçue.
Et quand la valeur d’un métier s’effondre, ce n’est pas seulement un sujet de compétences.
C’est un sujet d’identité professionnelle.
La crise se propage : individu, équipe, organisation
Cette crise de projection ne reste pas individuelle. Elle se propage à trois niveaux simultanés.
Niveau 1 : L’individu - “Est-ce que je construis une trajectoire… ou une parenthèse ?”
Les questions qui remontent :
“Est-ce que ce que je fais aura encore de la valeur dans 3 ans ?”
“Est-ce que je peux bâtir ma vie sur ce métier ?”
“Est-ce que je m’adapte… ou est-ce que je retarde l’inévitable ?”
Yann (CTO part-time Hones) le constate aussi côté dirigeants : une partie des C-level ne sait plus très bien où elle va. Et ce, faute de repères stabilisés sur ce que la tech et l’IA changent vraiment dans leur modèle.
Ce flou ne produit pas une rupture immédiate. Il produit du ralentissement invisible :
des spécialisations choisies à reculons,
des reconversions repoussées,
des talents qui restent “en observation” plutôt qu’en mouvement.
Niveau 2 : L’équipe – “On ne parle plus le même langage”
Philippe (CTO part-time Hones) et Yann le voient chaque semaine :
Les équipes tech sont traitées comme des exécutants, et ne sont pas intégrées dans les arbitrages business.
De l’autre côté beaucoup de responsables IT n’ont pas mis à jour leurs compétences sur l’IA.
La tech devient alors une boîte noire pour le board et inversement.
Résultat : les dirigeants ne lisent plus ce qui se passe dans la tech, les équipes ne lisent plus ce que le board essaie de faire.
Niveau 3 : L’organisation – “Le mythe du A-player face à une réalité collective”
Face à ces tensions, beaucoup d’entreprises ont la même tentation : “il nous faut les bons profils”, “on manque de A-players”.
La réalité observée sur 2025 est que les organisations qui s’en sortent le mieux ne sont pas celles qui accumulent les CV brillants, mais celles où :
la vision est claire,
comprise de tous,
et traduite en autonomie réelle.
Matthieu (CTO et co-fondateur Hones) l’a observé sur plusieurs années : quand board, CEO, produit et tech parlent le même langage, l’impact dépasse n’importe quel recrutement ‘star’.
En 2026, la définition du A-player change :
Ce n’est plus celui qui brille seul, c’est celui qui embarque et fait progresser le collectif.
La performance devient une propriété de l’organisation, pas de quelques individus.
2 mouvements qui vont s’accélérer en 2026
Ces tensions ont cohabité en 2025 sans éclater. En 2026, elles vont devenir explicites.
Les départs silencieux vont s’accélérer
Pas de clash. Pas d’ultimatum. Juste une lente érosion de l’engagement, puis un départ “pour un nouveau challenge”.
Les métiers vont muter plus vite que les organigrammes
Loïs (CTO part-time Hones) ajoute : “Il y aura de moins en moins de développeurs ‘pur’ qui vont répondre à des problèmes tech mais de plus en plus d’architectes qui devront comprendre le métier et utiliser l’IA pour apporter une solution.”
Les AI ops émergent, les développeurs deviennent orchestrateurs, mais les fiches de poste n’ont pas bougé.
💡 Ce que vous devez retenir
Votre principal risque n’est pas le “désengagement” abstrait, mais la perte de projection : “je ne vois plus ma place ici à 3 ans”.
Une organisation peut être efficace à court terme avec des équipes inquiètes, mais elle ne tiendra pas la cadence 2026 sans clarifier les trajectoires.
Le travail n’est plus un sujet RH. C’est un sujet de capacité d’exécution durable.
Une question pour entrer en 2026
Est-ce que certains métiers, dans votre organisation, évoluent déjà sans que vous ayez clarifié ce qu’ils deviennent vraiment ?
Identifiez UN métier concerné.
Puis posez-vous : si un talent clé dans ce métier vous demandait “quel est mon avenir ici ?”, que lui répondriez-vous ?
Si vous hésitez, vos équipes hésitent déjà.
En 2026, le différentiel ne se fera pas seulement sur la vitesse ni sur l’IA.
Il se fera sur une chose plus simple et plus dure à obtenir : la capacité de vos équipes à se voir encore chez vous… quand tout bouge.
🟣 FRACTURE #4 — LES MARCHÉS
Quand l’immobilité devient le premier facteur de risque
Pendant des années, certains marchés ont donné l’impression de ne pas bouger.
Banque. Assurance. Logiciels métier. Services B2B.
Mêmes acteurs. Mêmes outils vieillissants. Mêmes process complexes.
À l’extérieur, tout avait l’air stable. À l’intérieur, l’inefficience s’empilait.
Dans nos missions, ce constat revient partout :
des briques modernes ici ou là,
posées sur des systèmes anciens,
parfois construits il y a 10, 15, 20 ans,
devenus tellement critiques qu’on n’ose plus les toucher.
Sur plus de 40 organisations accompagnées, plus de 60 % dépendaient encore d’un logiciel mal documenté, mal intégré ou rarement challengé.
Ces petits monopoles, des positions prises il y a longtemps, protégées non par leur excellence, mais par la peur du changement et par la complexité accumulée, ne sont pas encore tombés en 2025.
Mais cette année a rendu leur coût réel visible : lenteur des cycles, expériences client médiocres devenues “normales”, innovation qui patine.
Matthieu le résume bien :
« D’un côté on voit des outils hyper modernes type Alan, qui sont un peu à la pointe, et de l’autres on a toujours de vieux logiciels de niche vraiment à l’ancienne, qui continuent à marcher. Il y a plein de petits monopoles. »
Ces monopoles ne tiennent pas par force. Ils tiennent par inertie.
Et en 2026, l’inertie va devenir un signal de faiblesse.
Anatomie d’une disruption : ce que les banques en ligne ont révélé
2014 : Boursorama, N26, Revolut n’existaient pas vraiment.
2025 : Ils ont déplacé des millions de clients.
Ce qui a changé :
Ce qui est fascinant :
Aucune de ces entreprise n’a ré-inventé la banque.
Elles ont juste supprimé les irritants que tout le monde subissait.
Le mécanisme :
Une petite équipe cible un irritant majeur → early adopters → bouche-à-oreille → comparaison de masse → les incumbents réagissent (trop tard).
Le processus a pris 5-7 ans. Sauf qu’aujourd’hui, avec l’IA et des outils no-code, le même processus prendra 18-24 mois.
Yann observe le même pattern à l’échelle interne d’une entreprise : les équipes métiers contournent déjà les outils historiques par frustration. Elles montent leurs automatisations en parallèle.
Ce qui est contourné en interne aujourd’hui sera attaqué par des externes demain.
Les trois signaux à surveiller en 2026
Un marché est structurellement attaquable lorsque plusieurs choses se combinent :
l’innovation est lente,
les outils sont critiqués mais rarement remplacés,
l’expérience client est médiocre mais “gérée”,
les prix restent élevés alors que la valeur perçue baisse.
Trois signaux qui révèlent cette fragilité :
Signal 1 : Vos clients ont appris à vivre avec des irritants
Quand un client dit “oui, c’est pénible, mais bon, on fait avec”, il n’est pas fidèle. Il est coincé.
Et un client coincé part dès qu’une sortie crédible se présente.
Signal 2 : Votre avantage repose sur l’inertie, pas sur la valeur
Si votre principale barrière à l’entrée est la complexité de migration, vous n’avez pas un avantage compétitif. Vous avez un sursis.
Dès qu’un concurrent rend la migration simple (onboarding accompagné, reprise de données automatisée), votre forteresse devient une prison dont les clients veulent sortir.
Signal 3 : Vous ne savez plus pourquoi vos clients restent
Si la réponse est “ils sont là depuis longtemps”, “ils ont l’habitude”, “c’est compliqué de changer”…
Vous ne pilotez plus votre marché. Vous le subissez.
💡 A retenir
Un marché “qui tient” n’est pas forcément un marché solide ; c’est parfois un marché sous perfusion d’inertie.
Le risque n’est pas seulement qu’un concurrent vous copie ; c’est qu’un acteur qui ne vous ressemble pas du tout réécrive les règles.
Plus vos clients ont appris à vivre avec des irritants, plus ils seront prêts à partir vite le jour où une alternative crédible se présentera.
Une question pour entrer en 2026
Quels irritants de vos clients considérez-vous encore comme “normaux”… et que vos futurs concurrents considéreront comme une opportunité d’entrée ?
Listez-en trois.
Puis demandez-vous : lequel pourriez-vous éliminer cette année, avant que quelqu’un d’autre ne construise son offre dessus
La vitesse a créé des écarts de rythme. L’IA a déplacé la valeur. Le travail a perdu sa stabilité.
Les marchés, eux, semblent encore tenir. Mais ils reposent sur des organisations sous tension, des systèmes inégaux, des clients qui contournent les outils.
En 2026, le sujet ne sera plus de savoir si “votre secteur va bouger”, mais où il est déjà attaquable, et si vous êtes prêt à l’admettre avant que quelqu’un d’autre ne le montre à votre place.
Ces quatre fractures racontent la même histoire.
2026 ne sera pas une année d’optimisation. Ce sera une année de choix structurants.
Vitesse. Dépendance technologique. Transformation humaine. Positionnement marché.
Repousser une décision ne sera plus de la prudence. Ce sera déjà une prise de risque active.
Chez Hones, on ne croit pas aux organisations “parfaitement prêtes”. On croit aux organisations lucides.
Celles qui savent regarder ce qui décroche, ce qui résiste, ce qui doit être abandonné, et ce qui doit être accéléré.
Une dernière question :
Si vous deviez refaire 2025 avec ce regard-là…
qu’est-ce que vous décideriez différemment dès maintenant pour 2026 ?
Ces constats s’appuient sur 40+ organisations accompagnées en 2025.
Si ces fractures résonnent avec votre réalité, parlons-en.



